Les petits producteurs d’huile de palme

  05 October 2016

Les petits producteurs sont des paysans qui possèdent et exploitent des plantations de palmier à huile riveraines des plantations appartenant aux agro-industries...

 

Au Cameroun, la production d’huile de palme se répartit entre trois secteurs : un secteur agro-industriel, des plantations villageoises au service des agro-industries, et un secteur artisanal traditionnel. Ces deux derniers secteurs sont essentiellement l’apanage des petits producteurs d’huile de palme.

Qui sont les petits producteurs ?

Les petits producteurs sont des paysans qui possèdent et exploitent des plantations de palmier à huile riveraines des plantations appartenant aux agro-industries. Concrètement, il s’agit de petites plantations dont l’exploitation ne dépasse que très rarement le cadre familial. Bien qu’étant assez nombreux, les petits producteurs ne se particularisent pas ici par leur effectif mais plutôt par la faible proportion de leurs exploitations et par conséquent de leur production d’huile de palme. En effet leur production totale est de très loin inférieure à celle des géants tels que la CDC ou la SOCAPALM. A titre illustratif, la SOCAPALM totalise à elle seule environ 42% de la production nationale d’huile de palme.

Même si l’apparition des petits producteurs remonte à l’époque coloniale, il faut noter que c’est avec la création de la SOCAPALM que ceux-ci ont connu une réelle prolifération. En 2009, on dénombrait environ 3178 petits producteurs pour une superficie totale de 14 400 ha (Selon une étude réalisée par le MINEFOP et l’OIT : étude sur la filière porteuse d’emploi "Palmier à huile"). Cette prolifération est due à ce que initialement la SOCAPALM était chargé d’assister les petits planteurs ; notamment à travers la production du matériel sélectionné et un encadrement technique multiforme. En échange, les villageois s’engageaient à lui livrer la totalité de leur production. Mais l’entrée massive des paysans dans les systèmes de plantations villageoises a favorisé une altération des relations avec le géant agro-industriel.



 
L’activité des petits producteurs est-elle de tout repos?

Au départ, les relations entre la SOCAPALM et les petits producteurs étaient harmonieuses, mais celles-ci n’ont pas cessé de se dégrader au fil du temps, rendant ainsi difficile l’activité de ces derniers. En effet, plusieurs abus, dus au non respect de ses engagements par la SOCAPALM ont été constatés. Tout d’abord, il faut noter que cette entreprise du fait de ses besoins en terre, a procédé à l’extension de ses plantations sur l’espace vital des populations ceci en violation de l’article 6 h du bail emphytéotique liant l’Etat camerounais à la SOCAPLM, rendant ainsi difficile et dans certains cas impossible la pleine jouissance des exploitations familiales des petits producteurs.

Deuxièmement, il faut relever que suivant l’article 8.4.2 de la Convention de Cession conclu avec l’Etat camerounais, la SOCAPALM s’est engagée à collecter l’ensemble de la production des plantations villageoises sur un rayon de 60 km autour de ses différentes plantations. Grâce à cette disposition, les petits producteurs avaient non seulement la garantie d’écouler leur production mais aussi la possibilité d’avoir des revenus suffisamment intéressants en réduisant les coûts de production. Cependant, le constat qui se dégage est que la SOCAPALM n’assure pas la collecte des palmes de manière assidue et dans certain sites, elle s’est même totalement désengagée de cette obligation (cas de la plantation de Mbongo). De plus, ceux des petits producteurs qui auraient des moyens pour assurer eux même le transport de leurs récoltes jusqu’à l’usine en seraient privé du fait du non entretien des routes par la SOCAPALM tel que le lui impose le paragraphe 4 de l’art 8.4.2 ci-dessus.

Face à cette impossibilité de faire parvenir leurs régimes dans les usines SOCAPALM, les petits producteurs ont choisi, à l’aide des pressoirs de transformer eux même leurs régimes en huile de palme afin de pouvoir l’écouler sur le marché. Cette option de transformation artisanale a eu pour conséquence la baisse de la production de la SOCAPALM. Face à cela ses dirigeants ont instruit des agents de sécurité de confisquer tout les pressoirs des paysans sous le fallacieux prétexte que ces derniers volent les régimes dans ses plantations.

Face à tous ces abus, il est évident que les petits producteurs ont de la peine à bien mener leurs activités, car elles se font écraser par le géant SOCAPALM. Il devient donc urgent pour les autorités administratives de prendre des mesures en vue de protéger les petits producteurs. Si cette catégorie non négligeable de producteur tarde à être protégée, on court le risque que les populations locales se muent malgré elles en main-d’œuvre pour le secteur agro-industriel capitaliste.


 

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