Doléances

  05 October 2016

Doléances des populations riveraines et des travailleurs de la Socapalm depuis sa création jusqu’à sa privatisation...

Socapalm fut créée après l’accession du Cameroun à l’indépendance sous l’impulsion du Gouvernement Camerounais. A l’origine, Socapalm possédait 6 propriétés et 4 complexes agricoles sur lesquels elle plantait des palmiers à huile et quelques cocotiers dans le littoral du pays.

Les plantations de Mbongo et Edéa ont démarré en 1969, celle d’Eséka en 1970, celles de Mbambou et de Dibombari en 1974 et celle de Kienké en 1978.

Dans la vague des privatisations, l’Etat Camerounais céda le 30 juin 2000, une grande partie de ses actions à PALMERAIES DU CAMEROUN (PALMCAM), faisant de cette dernière, l’actionnaire majoritaire de SOCAPALM avec 73% des parts, l’Etat restant actionnaire à hauteur de 27%.

La société PALMCAM est elle-même détenue à 63,72 % par le Groupe INTERCULTURES/SOCFINAL (Groupe Fabri/Bolloré) et à 36% par la Société Financière et Commerciale « SFC3 (Groupe Monthe). A l’origine, 3% des actions de SOCAPALM sont portées par PALMCAM au profit du personnel SOCAPALM, cession réalisée en 2006.

SOCAPALM a acquis en 2001 la Société des Palmeraies de la Ferme Suisse PALM’OR (SPFS) afin d’élargir son rayon d’action.

Les terres occupées par Socapalm

SOCAPALM regroupe aujourd’hui 6 plantations de palmier à huile situées dans les régions du Littoral, du Sud et du Centre.



SAFACAM ne fait pas partie de Socapalm, mais nous l’inscrivons dans le tableau ci-dessus compte tenu de proximité avec les dirigeants de Socapalm. Socapalm a 6 usines de production. Elles sont implantées à Nkapa, Mbongo, Mbambou, Edéa, Kienké et Eséka.

Avec 25 998 hectares de cultures en 2007, auxquelles s’ajoutent 18 265 hectares de plantations villageoises encadrées par 2 338 planteurs villageois enregistrés, Socapalm représente 63% des plantations industrielles de palmier au Cameroun.

La dernière plantation à être créée qui est celle d’Edéa possède à elle seule 3 683 hectares de palmeraies en rapport sur les 5 000 hectares en concession. Ici, il existe une huilerie couplée à une raffinerie (avec produit phare « Palm’Or) qui dispose d’une capacité de traitement de 50 tonnes d’huile brute par jour, soit une production de 35 tonnes d’huile raffinée par jour et une production annuelle de 9 841 tonnes d’huile raffinée.

Face à l’adversité des concurrents du secteur du palmier à huile, Socapalm s’est désormais orientée vers une diversification de ses activités en optant pour la culture de l’Hévéa. A partir de 2008, environ 1 000 hectares d’hévéa ont déjà été plantés. Les premières ventes de caoutchouc pourraient connaitre une belle embellie.

Notons que grâce à ses 6 usines huileries et ses 132 T/h (Tonnes/heure) de capacité de traitement de régimes, Socapalm est le plus gros producteur d’huile de palme du Cameroun avec une part de marché d’environ 42%.

Socapalm est une entreprise qui veut produire chaque jour davantage. Socapalm a besoin des terres et de la main d’œuvre « bon marché » pour engranger des profits. Les populations se plaignent des occupations anarchiques de leur espace vital par Socapalm.

Elles demandent à la Direction générale de Socapalm d’arrêter l’expansion de leurs plantations vers les lieux d’habitations des riverains et d’indemniser ceux des riverains qui ont été déguerpis.

Les employés sous-traitants de la Socapalm sont aux abois

Socapalm a confié une partie de ses activités, notamment l’exploitation agricole à des sociétés tierces sur la base d’un contrat renouvelable à la fin de chaque année. Elle emploi en outre le personnel mis à sa disposition par des sociétés de placement.

Les emplois directs sont de 1 500 personnes et les emplois indirects d’environ 3 500 personnes.

Dans le magazine « Echos de Socapalm » de Février 2014, un des analystes fait savoir que « dans un contexte de recherche de la rentabilité, la Socapalm a opté pour une stratégie qui consiste à confier une partie de ses activités à des tiers ».

Il présente le sous-traitant comme étant un entrepreneur qui s’engage à réaliser un travail. Ledit travail est composé des tâches déterminées de façon précise auxquelles le Sous-traitant est tenu de se conformer exactement aux directives ou spécifications techniques (cahier de charges, ou règles de procédure) du donneur d’ordre. Ces tâches sont dites ponctuelles, même si elles peuvent s’étaler dans une plus ou moins longue durée.

Socapalm reconnait à demi-mot que la sous-traitance ou l’externalisation signifie forcément que l’entreprise donneuse d’ordre va perdre une partie de son contrôle, ce qui accroît la part d’incertitude.

Pour nous, les rapports contractuels qui lient ces tiers à la Socapalm sont assis sur un contrat de sous-traitance ou subcontracting.

L’essentiel des travaux agricoles de Socapalm qui sont pour la plupart confiés à la sous-traitance repose sur :
- L’élagage des palmiers,
- La fumure ou nutrition minérale,
- Le traitement chimique,
- La récolte et la collecte des noix,
- Le transport vers l’usine etc.

Ce qu’il faut relever, ce que les sous-traitants de Socapalm infligent à leurs employés des traitements inhumains et dégradants. Le respect de la dignité humaine (surtout de la partie faible au contrat de travail) constitue une exigence majeure des droits de l’homme.

La Socapalm devrait s’engager à inclure dans les contrats avec ses Co-contractants ou Sous-traitants ou des prestataires de services, des conditions similaires au respect du droit de travail de ses employés.

Voici quelques prestataires de Socapalm qui ne respectent aucune règle du droit de travail.

Noms du prestataires et Année du contrat

1 MADAME OSSAKA TABE MA, AVRIL 2013
2 EKANE CONSTRUCTION, 2014
3 FUTURA ENGINEERING, 2014
4 ETS ASIC, JUIN 2014
5 ETS FIDELE LONNYO, JUIN 2014
6 ETS KAM ET FRERES, JUIN 2014
7 ETS PRESFOGE, JUIN 2014
8 ETS COMOS, JUIN 2014
9 FEMMES REUNIES, JUIN 2014
10 ETS ROI T’AIME, JUIN 2014
11 FREE BOYS, JUIN 2014
12 ETS LOWEL, JUIN 2014
13 ETS BIYONG BUSINESS, JUIN 2014
15 ETS PRESTRANS SARL, JUIN 2014
16 ETS FADCAM, JUIN 2014
17 STE NJIOMES, JUIN 2014
18 ETS LIPALI, JUIN 2014
19 ETS O P K, JUIN 2014
20 ETS MASSIL, JUIN 2014
21 ETS LELE ET FILS, JUIN 2014
22 FRERES SIMB-DESTIN, JUIN 2014
23 ETS NDAM, JUIN 2014
24 ETS PEPE, JUIN 2014
25 ETS NGUELAH, JUIN 2014
26 ETS CODER, JUIN 2014
27 ETS RAHMA, JUIN 2014
28 ETS TALLA ET FILS, JUIN 2014
29 ETS GOD’S WILL, JUIN 2014
30 EVIDENCES SERVICE, JUIN 2014
31 RAMIS, JUIN 2014
32 FON & SONS, JUIN 2014
33 ETS REHMA, JUIN 2014
34 ATAT ENG, JUIN 2014
35 O.M SYNERGIE SARL, JUIN 2014
36 ETS YOMBE SARAH, JUIN 2014
37 TONY SERVICE, JUIN 2014
38 NFOR NGWANG CHARL, JUIN 2014
39 NFOR SAMUEL KANGA, JUIN 2014
40 ETS SARIYAH, JUIN 2014
41 ETS DJUIKA CELINE, JUIN 2014
42 MUPERSOC, JUIN 2014
43 FROMAT, JUIN 2014
44 ETS CODER, JUIN 2014
45 DEKOUM SILAMBI JUIN 2014
46 DJOUMBISSIE JEAN MICH, JUIN 2014
47 ETS BALOG, JUIN 2014
48 ETS MB & TP, JUIN 2014
49 ETS EYOUM EYOUM, JUIN 2014
50 ETS FORZI ET FRERE JUIN 2014
51 ETS DADDY AUTO, JUIN 2014
52 ETS MP ET FILS, JUIN 2014
53 ETS NDANDO NDOME, JUIN 2014
54 FOHOUE CLOVIS, JUIN 2014
55 HERSAM SARL, JUIN 2014
56 KANMOGNE, JUIN 2014
57 BAKUNA GROUP INTER, JUIN 2014
58 FIRST CHOICE, JUIN 2014
59 STE CHARMEL SARL, JUIN 2014
60 ETS MAN, JUIN 2014
61 MOUSSA HAMIDOU, JUIN 2014
62 ETS SOUS MANIOC, JUIN 2014
63 NINA SOAP FACTORY, JUIN 2014
64 KUNGANG NJIKEN F, JUIN 2014
65 NJIPMOUO ORELINE, JUIN 2014
66 SAHA JEAN PIERRE, JUIN 2014
67 SBI, JUIN 2014
68 MEGA BIDS, JUIN 2014
69 ETS BALOG, JUIN 2014
70 STE DE TRANSPORT ET P.S, JUIN 2014

On a remarqué que la quasi-totalité des employés des entreprises Sous-traitante ou prestataires de service de Socapalm, n’ont pas de contrat de travail et ne bénéficient pas de congés payés, encore moins de garantie de sécurité sociale. Ces conditions de travail infligées aux travailleurs sont inadmissibles dans un environnement économique qui fait rayonner les chiffres d’affaire de Socapalm.

Le sens du devoir de vérité et du respect de la dignité humaine oblige les travailleurs à saisir tous les instruments de droit disponibles pour mieux se défendre.

Les investissements sociaux mitigés de la Socapalm



Grâce à son plan social, Socapalm a mis à la disposition de son personnel les infrastructures telles que : Ecoles, Collèges, Lycées, Brigade de gendarmerie, Commissariat, Electrification et Adduction d’eau dans les camps des employés.

Si des efforts ont été faits par Socapalm, il reste que beaucoup de doléances n’ont pas connu des issues favorables.

Une attention particulière à l’endroit des populations autochtones serait la bienvenue. Les pygmées Bagyéli de Kilombo dans le secteur de Kienké sollicite vivement que la pépinière soit éloignée de leurs lieux d’habitation. Car les eaux servant à l’usage domestique sont contaminées par les produits chimiques découlant des traitements de la pépinière.



Madeleine YIMBO, Pygmée Bagyéli du campement de Kilombo est décédée  le dimanche 05 Juillet 2015 de  suite d’une dysenterie.  Elle n’a pas pu accéder aux  installations sanitaires de la Socapalm du fait d’une interdiction qui  frappe tous les riverains.

Il y a aussi un déferlement des moustiques et des mouches dans le village Kilombo qui sont attirés les « rafles » de noix de palme.

Dison que la rafle de noix de palme représente 25 à 30 % du poids du régime frais. Socapalm s'en débarrasse pour servir d’engrais à la pépinière de Kolombo. Ces rafles contiennent 50% de potasse anhydre correspondant à 40 kilogrammes de potasse par tonne de régime.

Face à l’enclavement du village des pygmées Bagyéli, le chef de village Mabenanga sollicite l’aménagement de la route pour faciliter l’accès au village par les riverains.

Socapalm a ainsi élargi la route en créant au passage la déviation sur les terres du village afin d’anticiper sur les inondations en saison pluvieuse.


Route récemment élargie par la SOCAPALM au Village MABENANGA

Toute la zone de Kilombo, notamment la zone de BONGADI, était occupée par des petits groupes de pygmées. Ces derniers ont été progressivement repoussés vers l’extérieur de la zone sur laquelle se trouve la plantation de Kilombo, pour être finalement confinés en face de la pépinière la SOCAPALM. [KILOMBO viendrait de Kualouombo en Mabi qui signifie « Forêt vierge »].

Mouvement d’humeur des riverains de la Plantation de Kienké

 La production d’huile de palme est de plus en plus pointée du doigt car pour la produire, de gigantesques espaces sont plantés en palmiers avec des inconvénients majeurs sur la biodiversité.

En 2012, la SOCAPALM-Kienké veut lancer son projet d’extension de ses plantations notamment sur les zones humides (bas-fonds et marécages). Ces espaces qui étaient jusqu’alors considérés comme étant impropres à la culture avaient été occupés par des habitants des camps et villages dans et autour de la plantation. Ces derniers vont y créer des champs.

La Direction de la plantation va procéder au recensement des parcelles occupées. Les propriétaires des champs vont être invités à se faire recenser dans le cadre d’un processus devant conduire à détermination des montants des indemnisations pour la perte de leurs cultures.

Si tous les champs sont recensés, seuls les propriétaires des champs se trouvant sur les parcelles qui feront l’objet des extensions de 2013 et 2014 seront effectivement indemnisés.

L’élément déclencheur de mouvement

La Socapalm a engagée des travaux sur les parcelles restantes sans avoir procédé aux compensations préalables auxquels certains propriétaires avaient eu droit.

Les propriétaires des champs se trouvant sur les parcelles querellées vont adresser à la Direction de la plantation des requêtes dans le but d’obtenir le paiement des compensations promises. Mais à ces requêtes, la SOCAPALM va opposer une fin de non recevoir.

La position de la Direction de la Plantation

Tous les propriétaires ont déjà été indemnisés. Et il n’y a plus de champs dans les parcelles sur lesquelles les extensions sont envisagées. La direction a fait venir au mois de juin de l’année en cours un huissier de justice qui fera le constat selon lequel les dits espaces étaient libres de toute occupation.

Pour les plaignants, les blocs sur lesquels leurs champs se trouvaient ont été récupéré en 2013. Ils ont à la même période arrêté les cultures sur ces espaces dans l’attente des indemnisations promises. Et que, même si des voleurs ont entretemps emportés les récoltes, des signes de l’occupation des dits espaces restent visibles.

C’est ainsi les intéressés ont décidé le 31 Août 2015 de procéder au blocage de l’usine de la plantation. La dite action a début aux environs de 05 heures le matin.

Lancement du mouvement

Le groupe des plaignants a occupé l’entré de l’usine, empêchant toute entrée et sortie. La situation va rester bloquée jusqu’à l’arrivée des autorités administratives et des forces de maintien de l’ordre. En effet, il a fallu l’arrivée du Sous-préfet de LOKOUNDJÉ pour que la discussion soit engagée entre les manifestants et la Direction de la SOCAPALM.

Un Groupe de sept (07) personnes sera constitué pour représenter les plaignants pendant la rencontre tripartite que le Sous-préfet va initier et conduire.

La Direction de la Plantation va demander et obtenir un délai d’un mois afin de pouvoir effectuer les vérifications qu’elle juge nécessaire pour établir la validité des plaintes présentées et le cas échéants, engager les démarches nécessaires aux paiements des indemnisations. Elle aura besoin, pour se faire, de consulter les cadres qui étaient chargés du recensement des propriétaires de champs et du paiement des indemnisations. Il s’agit de MM. NKONGO (actuel Assistant de la Division 3 de la Plantation de Kienké) et MAYANGANI Théophile (Ancien Assistant dans la Plantation récemment muté à la Plantation d’Eséka).

 



Autres doléances

Les riverains des plantations demandent à Socapalm :
- L’effectivité du paiement des redevances foncières, dont 20 % devraient être reversés aux riverains,
- L’entretien des pistes de collecte des régimes de noix de palme sur l’ensemble des plantations,
- Le relèvement du prix de la tonne de noix de palme. Car depuis 2011, le prix de la tonne est passé de 55 000 à 48 000 fcfa (83 à 73€),
- La protection de la biodiversité. Nous soulignons avec force que les eaux usées de l’usine, les eaux de ruissellement chargées de résidus de pesticides et autres produits chimiques sont reversées ou s’écoulent directement dans le fleuve Nyong et ses affluents, dans les rivières comme la Kienké.

Quelques usines de Socapalm



 

 

 

Laisser un commentaire

Top Articles